La plus ancienne description d’encéphalopathie spongiforme porte sur la tremblante du mouton (ou scrapie) qui sévit en Europe depuis le XVIIIème siècle et qui a envahit l’Australie, au XIXème siècle, à la suite de l’importation de moutons provenant du troupeau du roi George III.
Encéphalopathie Spongiforme Bovine (ESB)
L’agent responsable de la maladie était présent dans certains cadavres ayant servis à fabriquer les F.V.O. (Farines de Viandes et Os). Tant que les traitements industriels des farines par la chaleur étaient suffisants, la transmission de la maladie n’était pas possible par l’intermédiaire de l’alimentation.
Les Symptômes
La période d’incubation est longue et silencieuse (2 à 9 ans). L’évolution est lente (15 jours minimum). Cette maladie se caractérise chez les mammifères par des troubles du comportement, tels qu’une hyperexcitabilité, des grincements de dents, parfois une passivité, voire une somnolence excessive. Ensuite sont observés des troubles de la coordination, avec des tremblements de la tête et du cou, des anomalies de la vision, une perte de poids, et un prurit intense. La mort survient après quelques semaines d’évolution.
En matière de ESB, le diagnostic de certitude ne peut être porté qu’après la mort de l’animal par l’examen histologique de l’encéphale…..
La transmission de l’ESB par l’alimentation est la plus vraissemblable. L’émergence de l’ESB depuis 1986 est peut-être due au passage et à l’adaptation de l’agent de la tremblante du mouton aux bovins. D’autres spécialistes suggèrent que cette maladie est partie d’une vache portant une mutation sur la PrP. Elle aurait contaminé le cheptel anglais en passant dans la chaîne alimentaire animale.
Une étude réalisée par Wijeratne, souligne qu’une origine génétique est peu probable en raison de l’apparition soudaine et de l’incidence sur un vaste territoire.
Les Etapes De La Compréhention
Dans les années 1930, ce sont deux vétérinaires de Toulouse, J. Cuillé (1872-1950) et P.-L. Chelle (1902-1943) qui montrent que la tremblante est une maladie transmissible et que sa durée d’incubation, très longue, peut atteindre deux ans. Ils évoquent, pour la première fois, la notion de maladie virale à évolution lente. Dès 1937, les lésions anatomopathologiques sont bien décrites : le cerveau présente l’aspect d’une éponge. Les « trous » sont les zones où le tissu cérébral et les neurones ont été détruits. A cette époque, l’origine de la maladie est controversée. Deux conceptions s’affrontent : celle d’une origine infectieuse et celle d’une maladie héréditaire. Cette dernière hypothèse prévaut alors.
Dans ce climat d’incertitude, Cuillé et Chelle émettent l’hypothèse originale que, si les tentatives de transmission expérimentale échouent, c’est en raison de la longueur de l’incubation. Après avoir injecté dans les globes oculaires de deux brebis du broyat de moelle épinière ou de cerveau de brebis atteintes de tremblante, ils observent les symptômes de la maladie 15 mois plus tard pour la première brebis et 22 pour la seconde. Ils démontrent ainsi le caractère infectieux de la tremblante, mais le rôle de l’hérédité dans la transmission de la maladie n’est pas élucidé. En 1938, ils réussissent à transmettre la maladie à une chèvre, montrant que la barrière d’espèce peut être franchie. Jusqu’en 1939, Cuillé et Chelle poursuivent leurs expérimentations sur une quarantaine d’ovins. Afin assurer la diffusion de leur découverte, ils présentent plusieurs communications à l’Académie des Sciences, dès 1936, et, en 1938, publient un article dans une revue de langue anglaise, Veterinary Medicine.
Le départ à la retraite de Cuillé, et la mort de Chelle interrompent les recherches. Après la seconde guerre mondiale, une épizootie de tremblante, en Écosse, remet à l’ordre du jour les recherches sur cette maladie : sur un cheptel 18 000 moutons, 1 500 sont infectés. Un vaccin qui leur était administré, avait été préparé à partir de cerveaux de moutons dont certains étaient atteints de tremblante. En 1954, à l’issue de 15 années de recherches sur cette maladie qui frappe également le cheptel islandais, le vétérinaire Björn Sigurdsson, directeur de l’Institut de pathologie expérimentale de Reykjavik, la qualifie de maladie virale à évolution lente. L’expérience acquise par les vétérinaires islandais allait jouer un rôle notable dans le rapprochement qui serait fait entre les maladies à évolution lente des animaux et celles des hommes.
La Nature De l’Agent Pathogène
On ignore toujours la nature de l’agent pathogène. Au début des années 1960, le vétérinaire anglais David Haig réussit à transmettre la maladie à des souris après inoculation de cerveau de mouton atteint, mais il ne parvient pas à isoler l’agent pathogène. Tikvah Alper applique alors la méthode de l’irradiation pour mesurer la taille de l’agent responsable de la maladie (on déduit la taille de l’agent de la façon dont il est inactivé par les rayonnements ionisants). Les résultats sont surprenants : ce qui était considéré jusqu’à présent comme un virus est beaucoup plus petit qu’aucun des micoorganismes connus.
Cette petite taille semble exclure la présence d’acides nucléiques (ADN ou ARN). Pour vérifier que l’agent de la tremblante en est effectivement dépourvu, T. Alper l’irradie avec des rayons ultraviolets dont la longueur d’onde (254 nanomètres) est très proche du pic spécifique de l’absorption des acides nucléiques (ces rayonnements détruisent les virus). Elle constate que l’agent de la tremblante n’est pas détruit par les UV, même à des doses qui tueraient n’importe quel virus. Par ailleurs, l’agent infectieux a des propriétés chimiques étonnantes: il est insensible aux températures élevées et au formol.
Cherchant à inactiver l’agent de la tremblante par les UV, T.Alper collabore avec le radiobiologiste français Raymond Latarjet, qui travaille à l’Institut du Radium. Ils observent que l’agent de la scrapie n’est détruit ni à 250 nanomètres (le pic d’absorption des acides nucléiques) ni à 280 nanomètres (le pic d’absorption des protéines). En revanche, il l’est à 237 nanomètres (le pic d’absorption des polysaccharides). La nature virale de l’agent pathogène est alors remise en question.
La Barrière d’Espèce
Dans les années 1970, beaucoup considèrent encore les Encéphalopathies Spongiformes Transmissibles comme des maladies virales.
C. Gajdusek montre que l’encéphalopathie transmissible du vison est consécutive à la consommation de viande de moutons atteints de tremblante et que la maladie se transmet de vison à vison par contacts, tels que des morsures ou le cannibalisme. En 1972, il publie un article où il met en parallèle le Kuru et la maladie de Creutzfeldt-Jakob, maladies qu’il décrit comme des encéphalopathies spongiformes subaiguës d’origine virale. Il pense alors que ces maladies ont une origine commune.
En 1976, le prix Nobel de Médecine récompense C. Gajdusek pour 20 années de travaux sur les maladies virales à évolution lente.
L’étude épidémiologique entreprise antérieurement par V. Zigas et C. Gajdusek en Papouasie-Nouvelle-Guinée avait montré qu’à partir de 1960 le nombre de morts par Kuru avait diminué. L’extinction progressive de la maladie semblait coïncider avec celle des pratiques de rites funéraires cannibales très particuliers impliquant le dépeçage et la consommation des cadavres, interdits par les autorités à partir de 1955. La maladie touchait alors, essentiellement les femmes et les enfants auxquels étaient dévolus le cerveau et les viscères des cadavres, alors que les muscles, symbole de force, étaient réservés aux hommes. Tous les cas de kuru survenaient après un festin cannibale. Des peuplades voisines pratiquant les mêmes rites ne développant pas la maladie, il en a été déduit que le génotype des Fores jouait un rôle essentiel dans la susceptibilité au Kuru.
Quant à la maladie de Creutzfeldt-Jakob, qui a fait l’objet, dans les années 1970, de grandes enquêtes épidémiologiques en France, en Grande-Bretagne, au Japon, au Chili et en Italie, son incidence était de 0,4 à 1 cas par million d’habitants. Les études épidémiologiques françaises ont été menées par Françoise Cathala, neurologue à l’Hôpital de la Salpêtrière, qui collaborait avec C.Gajdusek et ses collègues.
Au début des années 1970, F. Cathala commence à travailler avec Louis Court, médecin militaire, électrophysiologiste: ils mettent en évidence des anomalies électroencéphalographiques qui précèdent l’apparition des signes cliniques. A cette époque, une étude épidémiologique sur la tremblante ne montre aucun passage de cette maladie du mouton à l’homme.
Les Caractéristiques Communes Des Maladies Humaines
- Elles sont transmissibles, mais le plus souvent non contagieuses, au sein d’une même espèce et pour certaines, d’une espèce à l’autre
- Leur évolution est lente, sans rémission, avec une longue période d’incubation sans symptôme qui peut durer, chez l’homme, plusieurs décennies.
- Après l’apparition des premiers symptômes, l’évolution est rapidement fatale sans période de rémission.
- Les lésions concernent exclusivement le système nerveux central, comme le rappelle le mot « encéphalopathie ». Des cavités apparaissent dans le cytoplasme des neurones, donnant au cerveau un aspect d’éponge. On observe également une prolifération et une hypertrophie de certaines cellules de soutien (cellules gliales ou névroglie). La mort neuronale probablement par apoptose est toujours observée et des dépôts de protéines sont parfois présents sous forme de plaques. En dépit de ces modifications du tissu nerveux, aucune réaction immunitaire n’a pu être décelé.
- L’examen du tissu nerveux, d’une biopsie de cerveau, permet de porter le diagnostic mais il n’existe à ce jour aucun traitement.
- Les agents infectieux n’ont jamais pu être isolés. Ils demeurent « invisibles » et énigmatiques, ils sont dénommés « Agents Transmissibles Non conventionnels » ou ATNC.
- Selon l’hypothèse la plus admise à ce jour, ces maladies seraient dues à l’accumulation dans le cerveau d’une protéine anormale dérivée d’une molécule normale, la PrP, présente chez l’individu sain.
- Ce sont des pathologies lentes dégénératives confinées au SNC et évoluant vers la mort


