Avec les maladies à prions, les chercheurs abordent un concept radicalement nouveau de l’infection. L’hypothèse d’une protéine infectieuse, qui reste encore à démontrer, ouvre un important champ de recherches et soulève de multiples incertitudes qui imposent une grande vigilance en matière de santé publique.
Impératifs De Recherche Et Perspectives Scientifiques
Dans le contexte actuel, une priorité semble s’imposer : l’étude expérimentale de la transmission de la ESB à l’homme, par inoculation aux primates ou par utilisation des souris transgéniques. Ces expériences sont actuellement en cours dans plusieurs laboratoires.
Parallèlement, la mise au point de méthodes de détection plus sensibles, permettant un diagnostic précoce, est indispensable : préparation d’anticorps conformationnels spécifiques de la PrPres, détection de la protéine pathogène dans le liquide céphalo-rachidien.
La recherche d’agents thérapeutiques doit aussi être entreprise car les seuls connus actuellement agissent uniquement pendant la période d’incubation et ont des effets secondaires nocifs importants.
Plusieurs questions fondamentales sont également posées par les maladies à prions et doivent être abordées :
- le rôle biologique de la protéine PrP normale et la cause de sa neuropathogénicité lorsqu’elle est sous forme PrPsc
- la structure de la protéine PrP et les domaines responsables de son changement de conformation, le rôle des mutations ou des insertions dans ce phénomène,
- l’importance du polymorphisme du codon 129 du gène de la PrP, le rôle des insertions dans les séquences répétées et des différentes mutations connues dans l’apparition et le type des atteintes neurologiques.
C’est de la recherche dans trois grands domaines que viendront les avancées: l’épidémiologie, les tests de dépistage et la découverte de la nature intime du prion.
Surveiller l’Evolution De La Maladie
Les études épidémiologiques sont essentielles pour détecter d’éventuelles variations de l’incidence de la maladie de Creutzfeldt-Jakob et appréhender les facteurs de risque : alimentation, vie professionnelle, antécédents médicaux… C’est l’objet du programme européen associant l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la France qui a été mis en place dès 1993.
Mettre Au Point Des Tests De Dépistage
La mise au point de tests sensibles, spécifiques et rapides pour la détection de l’infection du vivant du patient constitue une des priorités des recherches actuelles.
En 1986, deux protéines spécifiques dites 130 et 131 étaient mises en évidence dans le liquide céphalo-rachidien de sujets atteints de MCJ. Depuis, il a été montré que la protéine 130 était une protéine ubiquitaire connue appelée 14.3.3.
Des tests de diagnostic de ces protéines et de l’énolase neurospécifique (NSE), marqueurs de la destruction des neurones, sont en voie de développement. Si leur intérêt est prouvé, ces tests devraient être utiles pour confirmer le diagnostic chez un sujet présentant des signes cliniques de MCJ. Il est par ailleurs essentiel de déterminer à quel stade d’évolution ce marqueur biologique apparaît.
Peut-il être utile pour dépister l’infection chez des sujets avant même l’apparition des symptômes ? C’est une question à laquelle les travaux en cours s’intéressent particulièrement
Découvrir La Structure Du Prion
Dans le domaine de la thérapeutique où tout reste à faire, les progrès viendront de la connaissance précise de la nature de l’agent infectieux et des mécanismes de la transition entre conformation normale et pathologique.
Beaucoup d’espoirs sont mis dans un modèle prion de levure chez laquelle ont été mis en évidence deux phénomènes d’hérédité supposée non chromosomique. La levure est un organisme facile à manipuler (elle se reproduit en moins de deux heures) dont le génome est complètement décrypté. Ce modèle devrait se révéler un outil majeur pour tester diverses hypothèses, purifier les deux protéines et étudier les paramètres qui gouvernent le passage d’une forme normale à l’autre.
Un pas très important sera fait lorsque la structure en trois dimensions de la protéine PrP anormale sera mieux connue et pourra être comparée aux données dont on dispose sur la protéine normale. Il sera alors possible, à l’aide de la modélisation moléculaire, de concevoir sur des bases rationnelles, des substances capables soit de prévenir soit de rendre réversible la transition de conformation des prions.


